
ÊTRE EXPOSÉ PAR CONVICTION !
Carrefour des lecteurs, Le Nouvelliste
Mon père est décédé cet automne, il avait 83 ans. Son désir était d’être exposé puis enterré dans son cercueil au cimetière de l’église de la paroisse où il a toujours vécu. Certains commentaires, pas du tout mal intentionnés, m’ont tout de même fait réfléchir. On mentionnait notamment le fait que les gens de sa génération préféraient être exposés, comme si c’était désuet, d’une autre époque, comme si certaines de ces personnes se soumettaient aveuglément à une tradition.
Et si c’était simplement par conviction?
Je remercie mon père d’avoir pris cette décision réfléchie, dont nous avions parlé. Sans en faire d’aucune façon une règle générale pour tous, dans mon cas, peut-être que certains s’y reconnaîtront, ce rituel m’a aidée dans mon cheminement vers le deuil.
À une heure trente du matin, aux soins palliatifs depuis trois jours, j’avais ma main sur son cœur qui a cessé de battre. Après les formalités d’usage, je suis rentrée chez lui, la maison familiale depuis plus de 60 ans; je ne pouvais évidemment pas dormir.
Doucement j’ai choisi son habit, celui qu’il mettait pour les grandes occasions, j’ai retrouvé sa cravate préférée, j’ai même choisi cette camisole qu’il trouvait confortable. Dans son cercueil, nous avons placé les trois derniers glaïeuls de son jardin, ce jardin qu’il faisait consciencieusement depuis tellement d’années. Nous les avons mis près de ses mains usées par ses nombreuses années de difficiles travaux, celles qui nous avaient, aussi, tant de fois réconfortés. Je n’essayais pas de faire disparaître la douleur; symboliquement je voulais la vivre une dernière fois avec lui. À la fermeture du cercueil, je lui ai enlevé ses lunettes comme je faisais depuis déjà quelques semaines, lui chuchotant un dernier bonne nuit.
Nous faisons de longues files pour voir une dernière fois le corps exposé de nos personnalités publiques, il est plutôt rare qu’on les voie incinérées en chapelle ardente. À une échelle évidemment différente, je voulais le même genre d’hommage pour mon père.
Je ne voyais pas un mort. Je voyais mon père qui était habité par la vie il y a quelques jours à peine, un homme dont le corps disparaîtrait tranquillement par une mise en terre, pour tranquillement laisser place aux heureux souvenirs. Rien de brusque. Du moins pour moi.
Une perspective à contre-courant j’en suis consciente. En toute modestie, une simple réflexion intime que je voulais partager. Un sujet, les rituels funéraires, sur le lequel me semble-t-il on échange ou débat peu.
Josée Bélanger
Trois-Rivières
Partager sur Facebook